L’oxygène et la santé (2): les utilisations médicales.

Suite de l’article (1): les besoins, les pathologies.

A la fois indispensable et possiblement nocif en cas de mauvaises pratiques, l’oxygène est utilisé avec précautions, et sans doute avec quelques apriori.

Caisson hyperbare de Toulouse (traitement d’intoxications au CO)

Actions d’oxydo-réduction : l’eau oxygénée et les chlorites.Les blessures profondes infectées par des germes anaérobies sont les principaux motifs à utiliser l’oxygène pour une action locale.

Pour les plaies infectées, l’eau oxygénée est un grand médicament, puissant et économique, bien toléré au taux de référence de 3% (eau oxygénée dite « à 10 volumes »).

Ce composé de formule H2O2 est un liquide incolore, qui fait partie de notre panoplie naturelle dans le cadre de la respiration cellulaire, immédiatement catalysé par des enzymes de type peroxydase.

On l’utilise dans la désinfection des plaies infectées, en particulier lorsque les germes en cause sont des anaérobies. C’est le cas dans les gencives, c’est le cas pour les blessures avec introduction de corps étrangers .

L’eau oxygénée à 10 volumes (soit 10 volumes d’oxygène dégagé pour un volume d’H2O2) s’utilise vite et fort, sous pression pour atteindre les parties les plus profondes de la lésion, mais sans y revenir, car la réaction locale est exothermique, elle chauffe jusqu’à la brûler la zone soignée, y compris les cellules immunitaires de type macrophage, qui y sont sensibles.

L’intérêt est multiple : destruction par brûlure toxique des germes, sans possibilité d’antibiorésistance, cautérisation de plaies fragilisées qui « saignottent » en permanence, et nettoyage parfait des tissus nécrosés qui sont entrainés dans le flux pétillant de l’oxygène natif. Suite à cette eau oxygénée,  on laisse sur place des produits nutritifs et cicatrisants. Le miel s’installe peu à peu dans ce rôle : il nourrit les fibroblaste et empêche par sa force osmotique, la multiplication de germes survivants de l’opération « lance-flammes » de l’eau oxygénée.

En dermatologie, l’eau oxygénée à plus forte concentration sert dans la dépigmentation des cheveux (on parle de « blonde peroxydée »), et des peaux chargées en mélanine.

L’eau oxygénée est également un puissant désinfectant dentaire, à utiliser avec discernement. En seconde intention, la propolis vient opportunément comme cicatrisant et désinfectant. Vivent les abeilles !

Toujours dans la bouche : combiné avec l’urée sous forme de peroxyde de carbamide CH6N2O3, l’eau oxygénée sert au blanchiment dentaire.

Pour donner une idée de la puissance oxydative de l ‘eau oxygénée, notons simplement qu’elle est utilisée par tonnes pour le blanchiment de la pâte à papier, et qu’elle a longtemps servi de comburant pour la propulsion des fusées.

Dernier détail insolite : l’eau oxygénée est utilisée comme système de défense par des coléoptères, comme le Brachinus crepitans, qui peut projeter un mélange toxique à plus de 100°C sur ses adversaires.

Le chlore est un capteur d’électrons très actif. Un seul électron à la fois, mais quel appétit ! C’est ainsi que le chlore est le principal désinfectant utilisé pour traiter l’eau de boisson ainsi que les matériels à vocation alimentaire.

Dans le domaine médical, le chlore est exclu, car trop violent, en particulier au niveau respiratoire.

Il trouve néanmoins une place honorable avec la « liqueur de Dakin », utilisée pour le nettoyage des plaies et des muqueuses, qui a le double avantage d’être incolore (versus éosine, puissant oxydant également) et non irritant (versus les dérivés de l’iode, un autre métalloïde comme le brome et le chlore …). Le « Dakin » est composé d’hypochlorite de sodium à 0,5% de chlore actif (donc une eau de Javel nettement diluée) additionnée de permanganate (un autre oxydant puissant) pour le stabiliser.

Le dioxyde de chlore ClO2 est un gaz brun à l’odeur irritante qu’on n’utilise pas pur car il peut provoquer des explosions.

C’est la substance la plus avide en électrons : 5 électrons par molécule, contre deux électrons pour l’H2O2 ou l’ozone.

C’est un excellent agent blanchissant (papier, textiles), mais également utilisé dans l’industrie agro-alimentaire car il vient à bout des biofilms des canalisations.

Le dioxyde de chlore n’est pas utilisé par la médecine conventionelle. Il est néanmoins disponible sous forme de solutions de chlorite de sodium (ClO2Na) à 28%, qui en présence d’un acide (vinaigre, jus de citron, acide citrique), libère de l’acide chloreux (ClO2H) qui lui-même par étapes successives, produit le dioxyde de chlore. Vendu comme désinfectant de l’eau de boisson, c’est en fait un remède extrêmement puissant qui est présenté dans des forums d’internet comme une panacée contre toutes sortes d’infections ou parasitoses, dont le paludisme.

Il est difficile d’en dire plus, en l’absence de résultats chiffrés de traitements sur des pathologies avérées. Les forums du net regorgent d’enthousiastes et de laudateurs de ce produit, mais ils n’apportent pas de preuves quant à l’innocuité ou l’efficacité réelle des traitements.

Ce remède est utilisé hors contrôle médical, et on en connaît mal le périmètre des interactions dangereuses. D’autre part, la posologie est imprécise, elle augmente en fait selon la capacité de tolérance de chaque individu. De deux gouttes au départ jusqu’à dix, voire quinze gouttes en traitement « optimal ».

L’auteur de ces lignes, par pur esprit de curiosité, a entamé un traitement il y a quelques années … Dès la première prise, le résultat a été une diarrhée abondante, très homogène (connaissez vous la crème Mont Blanc au chocolat ?), et surtout sans aucune odeur : la flore anaérobie de putréfaction avait bien été anéantie, avec une réelle sensation de pureté, voire de fraicheur … de la zone concernée. Cette expérience jusque là positive n’a pas pu se poursuivre, pour cause d’intolérance à l’odeur de chlore.

Ce produit très économique et extrêmement actif a certainement de grandes capacités thérapeutiques. On recherche encore des médecins hospitaliers suffisamment audacieux pour l’incorporer à des protocoles de soins en infectiologie et parasitologie …

Quand il faut oxygéner les tissus:qu’il s’agisse d’accidents ponctuels ou de maladies à long cours, certains organismes ont besoin d’un apport d’oxygène, non pas comme capteur d’électrons pour contrer une infection, mais comme molécule de toutes les cascades métaboliques de la vie.

La première des possibilités est de développer les capacités naturelles des poumons : la respiration est un exercice qui peut être stimulé ou amplifié, avec des effets importants sur le taux d’oxygène du sang. Les sportifs savent aller au bout de ces capacités, les malades souvent moins bien lotis en conseils utilisent des matériels spécifiques.

L’oxygénation par membrane extra-corporelle (ECMO):

C’est (en soins intensifs), une technique destinée à fournir une assistance en oxygène aux patients dont le coeur et (ou) les poumons ne savent plus assumer leurs fonctions.

On pourrait dire qu’il s’agit d’une hémodialyse en sens inverse : au lieu d’épurer le sang de ses surcharges, on l’enrichit en oxygène et on le réinjecte au malade. Les patients sont le plus souvent des nouveaux-nés, mais aussi des adultes en grande détresse respiratoire : on introduit des canules dans les vaisseaux sanguins accessibles et la machine CMO pompe le sang sans discontinuer  qui se trouve en continuité directe avec une membrane qui permet des échanges gazeux extra-corporels : échappement du CO2, versus enrichissement en dioxygène.

Ce traitement peut durer plusieurs semaine, pendant que l’on tente de remettre en état la fonction respiratoire naturelle. Le cathéter à demeure représente une source non négligeable d’infection et de saignement.

L’oxygénothérapie hyperbare :

L’oxygénothérapie hyperbare consiste à placer un malade ou un accidenté dans une enceinte sous pression, et à lui administrer de l’oxygène à l’aide d’un inhalateur.

L’enceinte est un caisson étanche (voir photo sous le titre) que l’on va progressivement pressuriser : ceci entraine d’une part une réduction de volume des gaz dissous (élévation de la pression barométrique), d’autre part une augmentation de la pression partielle en oxygène (par inhalation de l’oxygène à pression supérieure). Cette technique permet donc d’agir sur la taille des bulles de gaz du sang, et sur l’ischémie tissulaire, quelle qu’en soit la cause : vasculaire (oblitération de vaisseaux), traumatique (hémorragies internes), toxique (toxines hémolytiques), ou infectieuses (développement de germes anaérobies pour lesquels l’oxygène est toxique).

Cette technique repose sur deux lois physiques :

  • la loi de Mariotte : sous pression élevée, le volume d’un gaz non dissout a tendance à diminuer : les bulles (accidents de décompression) s’amenuisent et ne bouchent plus les vaisseaux sanguins.
  • La loi de Henry : sous pression, la quantité de gaz dissout augmente. Ainsi le sang et les muscles peuvent accueillir et transporter nettement plus de gaz, en l’occurrence l’oxygène puisqu’on en augmente la concentration dans l’air de l’inhalateur.

Il existe en France 24 centres de médecine hyperbare. Leur fonction historique est de sauver des vies dans deux situations dramatiques :

  • les accidents de décompression occasionnés lors de plongées sous-marines : une remontée trop brusque (pour cause de malaise le plus souvent)  provoque la mise en bulles  des gaz jusque là solubilisés grâce à la pression de l’eau qui se transmet à tout l’organisme. Ces bulles de gaz se déplacent dans le circuit sanguin et se coincent dans certains secteurs  qui deviennent ischiémiques. Le temps est compté pour sauver des vies.
  • Les intoxications à l’oxyde de carbone, très fréquents en hiver du temps des fourneaux, ils sont désormais exceptionnels (véhicules moteur allumé dans un garage fermé, suicides).

Mais l’infrastructure en place, très onéreuse, qui demande un personnel nombreux et spécialisé, est désormais utilisée pour de nombreux cas médicaux où un apport renforcé en oxygène est nécessaire.

C’est le cas en particulier après certains traitements anticancéreux qui ont mis à mal des tissus qu’il faut oxygéner entre deux séances. En tête, la cystite radique (due à la radiothérapie), une inflammation grave de la vessie assortie de douleurs intenses.

Les autres indications sont diverses :

  • infections nécrosantes des parties molles à germes anaérobies
  • ostéoradionécrose et radionécrose des tissus mous (comme la vessie).
  • Ecrasement des membres et syndrome de loges post traumatiques.
  • Surdité brusque.
  • Ostéomyélite réfractaire aux antibiotiques.
  • Ischémie critique des artéritiques (en particulier lors de diabète).
  • Encéphalopathie post anoxique (en particulier lors d’AVC).
  • Myélites et rectites post radiothérapies.

Quelques protocoles innovants ont été développés en neurologie : traitements de malades affectés par l’autisme, la sclérose en plaque, des paralysies cérébrales d’origine vasculaire.

Les contre-indications relèvent plutôt de protocoles mal respectés : accidents barotraumatiques (tympan, œil), bullages lors de la décompression, toxicité de l’oxygène inhalé si mélange gazeux inadéquat.

L’oxygénothérapie hyperbare est irremplaçable dans ses deux domaines « héroïques » que sont les accidents de plongée et les intoxications au CO. Les autres utilisations correspondent à une oxygénation des tissus.

Dans un reportage du Monde, il apparaît que les contraintes sont multiples, tant pour les patients (transports à répétition selon des protocoles qui peuvent aller jusqu’à 60 séances, grandes difficultés à pénétrer dans le caisson pour des personnes alitées ou handicapées) que pour leurs médecins traitants.

Or, l’utilisation « à large spectre » de l’oxygénothérapie hyperbare a montré tout l’intérêt de cette oxygénation tissulaire. Et en terme de gestion médicale, il s’agit d’actes rentables, par exemple en limitant grandement les durées de cicatrisation.

L’équipement en France est le fait du réseau des CHU (24 centres, très disparates dans leur équipement et leur fonctionnement, le centre de Lille étant le mieux pourvu).

Outre Atlantique, se sont développés des réseaux professionnels équipés de caissons mobiles  (photo) qu’on peut installer chez des patients, ce qui permet des actions à long cours, même pour des personnes difficilement transportables.

Dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Suisse, une autre méthode d’oxygénation est couramment employée, beaucoup plus souple et moins onéreuse, et semble t’il à résultat analogue, c’est la cure d’ozone, ou ozonothérapie.

La cure d’oxygène ozoné : lozonothérapie est une technique non conventionnelle qui vise à apporter soit localement, soit à l’organisme entier, un surplus d’oxygène par le biais d’ozone O3 en faible concentration.

Son nom provient du grec ozo, « qui exhale une odeur », il s’agit d’une molécule triatomique de trois atomes d’oxygène, qui se sont accolés par apport d’une énergie extérieure (UV, tension électrique d’ionisation).

Cette méthode thérapeutique s’est développée en France au début du siècle dernier avec les docteurs Labbé et Oudin.

En Allemagne, l’ozone est alors intégrée aux protocoles de soins de l’armée, en particulier pour les blessures de guerre.

 En 1930, le Dr Mathis met au point un appareil (novozone) pour produire facilement un oxygène enrichi en ozone, avec pour cible médicale des actions analgésiques et reconstituantes. Les bons résultats constatés entrainent une utilisation officialisée dans des établissements publics, comme l’hôpital Bichat de Paris, ou Beaujon de Clichy.

A partir de 1945, l’arrivée des antibiotiques, analgésiques et corticoïdes de synthèse, autant de remèdes finement dosés, extrêmement efficaces (à l’époque !), et faciles d’usage, mettent de fait au rencart de nombreux protocoles quelque peu empiriques comme l’ozonothérapie .

D’autant que les méthodes de production sont un peu artisanales, les fuites d’ozone ne sont pas rares, les protocoles de soins pas très précis …

L’ozonothérapie se maintient néanmoins comme thérapeutique d’appoint pour des soigner des échecs thérapeutiques de la médecine conventionnelle, en Belgique, en Italie, en Suisse et en Allemagne.

En France, malgré la mise au point de matériels fiables (Triozone) et une rigueur nouvelle dans les protocoles, l’ozonothérapie est restreinte à une cinquantaine de praticiens, médecins, dentistes ou thérapeutes.

L’ozonothérapie est également utilisée timidement en médecine vétérinaire, en particulier sur les chevaux. Avec comme chez l’homme une suspicion latente de dopage lorsque des compétitions sont en jeu : l’ozone soigne, soulage et renforce les capacités physiques, mais si ces effets sont employés pour gagner une course, on passe immédiatement du médical au pénal.

Il faut dire que bien des cyclistes (mais quid du foot, du tennis, de la natation, etc ?) ne se sont pas gênés pour prendre « leur dose » sous diverses formes. D’autant que l’ozone est parfaitement indétectable : à peine introduit dans l’organisme, il se scinde en molécules d’oxygène biodisponibles, totalement banales et intégrées au métabolisme de l’effort ou de la récupération.

Les méthodes d’ozonothérapie sont multiples :

  • par insufflation rectale : après avoir « nettoyé » le colon par irrigation, on envoie à faible pression de l’oxygène ozoné (dilution entre 6 et 60 mg/ litre d’oxygène), les molécules d’oxygène passent immédiatement dans le sang et se répartissent dans tout le corps. C’est comme pour beaucoup de petites molécules (ex : le valium pour les enfants), un moyen pratique et sûr de faire aussi vite et aussi fort qu’une intraveineuse.
  • Par action locale, sur des zones précises à soigner comme une gencive ou des ulcères. Le risque est alors la fuite d’ozone, respiré par le patient et le soignant. Sans réel danger lors de séances courtes.
  • Par enveloppement ou douche gazeuse : le patient, sauf sa tête qui reste à l’air, est placé dans une combinaison qu’on vide de son air, puis que l’on place sous pression d’oxygène ozoné : celui-ci passe rapidement à travers la peau et s’accumule  dans l’organisme.
  • L’auto-hémothérapie, très prisée dans le monde sportif … On prélève environ 250 ml de sang veineux dans une poche avec anticoagulant, puis on y fait barboter de l’oxygène ozoné pendant quelques minutes, avant de réinjecter au patient son propre sang peroxygéné .
  • L’huile ozonée est un moyen pratique de dispenser de l’ozone, localement sur la peau ou bien dans l’estomac (ulcères à hélicobacter). L’huile d’olive en effet peut dissoudre l’ozone en le conserver à bonne concentration, elle devient alors solide à température normale : on peut en faire des pommades ou la placer dans des gélules.

Les indications de l’ozonothérapie se recoupent avec l’ensemble des techniques d’oxygénation du corps. Et les succès constatés et authentifiés dans l’oxygénothérapie hyperbare sont à la portée de l’oxygène ozoné, avec bien moins de contraintes.

traitement par l’ozone (enveloppement) d’une arthrite antibiorésistante chez un cheval.

En dermatologie, l’ozone est actif par voie générale sur les phénomènes inflammatoires et allergiques, au plan local sur les ulcérations et le psoriasis.

En chirurgie, l’ozone est bien sûr un puissant désinfectant, on l’utilise lors de difficultés « qui trainent », telles des fistules suintantes ou des chéloïdes de mauvaise cicatrisation.

En cancérologie, c’est bien sûr un traitement d’appoint des ulcères de radiothérapie, un analgésique efficace, et en accompagnement ultime, l’ozone apporte un effet légèrement euphorisant constaté par la famille et le personnel infirmier.

Dans le domaine circulatoire, l’oxygène ozoné entraine une période d’hypotension, et de récupération des tissus cardiaques.

En gastro-entérologie, les inflammations et ulcères des muqueuses sont contrôlées, avec une éviction rapide des bactéries Hélicobacter.

En gynécologie (action générale ou applications vaginales d’huile ozonée), les infections et douleurs sont contrôlées, on note parfois un rééquilibrage hormonal.

Ainsi, il existe de multiples moyens pour utiliser l’oxygène au bénéfice d’un organisme, depuis l’oxygénation physiologique (exercices de respiration, que nous n’avons pas détaillés dans cet article), jusqu’à des oxydations sévères très ponctuelles (actions locales d’eau oxygénée ou d’huile ozonée), en passant par des enrichissements du sang en oxygène, ou en composés capteurs d’électrons.

Les pratiques sont très disparates même au sein de notre vieille Europe. La France a privilégié les grosses structures hospitalières, qui ne prennent en compte qu’une fraction des besoins. Il faudrait un élan nouveau de recherche appliquée pour établir un périmètre raisonnable d’utilisation de l’oxygène ozoné.

Jean-Yves Gauchet