Comment les algues bleu-vert en Chine transforment le sable en sol bientôt fertile …

Et si nous nous y prenions mal pour lutter contre la désertification ? Et si, au lieu d’essayer de faire pousser des plantes dans le sable, nous transformions d’abord ce sable en un milieu propice à la vie végétale ? Et si nous consolidions littéralement le sol désertique grâce à des organismes qui ont survécu pendant des éons dans des conditions extrêmes ?

Les déserts s’étendent. Le climat se modifie, les précipitations diminuent, la végétation disparaît et le sable reconquiert les terres autrefois propices à l’agriculture et aux communautés. Les méthodes traditionnelles – planter des arbres, construire des digues, pomper l’eau – se heurtent à un problème fondamental : le sable mouvant ne reste pas en place assez longtemps pour que la végétation puisse s’y enraciner.

Cela soulève une question dérangeante : et si nous nous y prenions mal pour lutter contre la désertification ? Et si, au lieu d’essayer de faire pousser des plantes dans le sable, nous transformions d’abord ce sable en un milieu propice à la vie végétale ? Et si nous consolidions littéralement le sol désertique grâce à des organismes qui ont survécu pendant des éons dans des conditions extrêmes ?

Des chercheurs chinois de la station de recherche expérimentale du désert de Shapotou ont trouvé une solution à ce problème qui semble tout droit sortie d’un roman de science-fiction : déployer d’énormes quantités d’algues bleu-vert pour créer une « peau écologique » qui stabilisera les dunes mouvantes. Non pas en plusieurs décennies, mais en un an. Non pas sous forme d’expérimentation à petite échelle, mais sur 6 667 hectares dans la province du Ningxia au cours des cinq prochaines années, avec l’objectif d’un déploiement à l’échelle mondiale.

Permettez-moi de vous expliquer pourquoi cette approche basée sur les algues bleu-vert représente un changement fondamental dans la manière dont nous conquérons les déserts, ce qu’elle signifie pour la lutte mondiale contre la désertification et pourquoi la géo-ingénierie microbienne pourrait être le meilleur outil de l’humanité pour inverser la dégradation des paysages.

Le problème que les méthodes traditionnelles de restauration des déserts ne peuvent pas résoudre

Les déserts sont notoirement difficiles à restaurer pour une raison simple : la plupart des plantes ne peuvent survivre à la nature abrasive et instable du sable. Avant toute croissance, le sol doit se stabiliser. Dans les écosystèmes naturels, ce processus se déroule grâce à la formation d’une croûte biologique : des micro-organismes, des lichens et des mousses lient progressivement les particules de sable entre elles sur une période de 5 à 10 ans.

Ce calendrier est trop lent lorsque la désertification s’accélère. Le temps que les croûtes naturelles se forment, la désertification s’est étendue bien au-delà des terres reconquises. Les méthodes d’intervention traditionnelles se heurtent à des contraintes similaires :

Plantation d’arbres : Les arbres ont besoin d’un sol stable pour s’enraciner. Dans les dunes mouvantes, ils sont enfouis, mis à nu ou déracinés avant d’avoir atteint leur maturité. Le taux de survie dans les dunes actives est extrêmement faible.

Barrières physiques : Les grilles engazonnées et les brise-vent ralentissent le déplacement du sable, mais ne le stabilisent pas fondamentalement. Elles nécessitent un entretien constant et finissent par être saturées.

Irrigation : Le pompage d’eau dans les déserts peut permettre une végétation limitée, mais c’est coûteux, non durable là où l’eau est rare et cela ne résout pas le problème de l’instabilité sous-jacente du substrat.

Le principal défi : on ne peut pas planter dans des sables mouvants. Il faut d’abord un sol stable. Or, historiquement, créer un sol stable à partir de sable mouvant s’est avéré extrêmement long et coûteux.

Comment les cyanobactéries résolvent le problème fondamental

Voici les cyanobactéries : des algues bleues-vertes qui existent depuis des milliards d’années et prospèrent dans des conditions qui seraient fatales à presque tous les autres organismes. Ces microbes photosynthétiques peuvent supporter une chaleur extrême, survivre à une sécheresse totale pendant des années et reprendre vie dès qu’ils rencontrent de l’humidité.

L’innovation de l’équipe de recherche chinoise ne réside pas dans la découverte des cyanobactéries, mais dans leur intégration à une technologie de restauration des zones désertiques. Voici comment cela fonctionne :

Étape 1 : Sélection des souches. Après avoir examiné plus de 300 espèces, les chercheurs ont identifié sept souches de cyanobactéries clés optimisées pour les conditions désertiques : tolérance à la chaleur, résistance à la sécheresse, prolifération rapide et production agressive de biomasse qui lie les particules de sable.

Étape 2 : Production de semences solides. Ces souches sont mélangées à de la matière organique pour former une pâte riche en nutriments, puis coulées dans des moules hexagonaux, créant ainsi des « semences solides » portables : des blocs conçus pour résister au transport dans le désert profond et germer dès les premières pluies.

Étape 3 : Déploiement. Ces blocs sont dispersés sur des dunes arides où ils restent en dormance jusqu’à l’arrivée de l’humidité. Dès qu’il pleut, les cyanobactéries s’activent, prolifèrent rapidement et sécrètent une matrice riche en biomasse qui agglomère littéralement les particules de sable.

Étape 4 : Formation de la croûte. En un an seulement (et non cinq à dix), une croûte biologique stable se forme dans le sol. Cette croûte peut résister à des vents de 36 km/h, immobilise les dunes mobiles et crée un substrat riche en nutriments qui favorise le développement des espèces végétales successives.

L’avancée majeure ne réside pas seulement dans la rapidité, mais aussi dans l’évolutivité. Il ne s’agit pas de planter des arbres, une tâche fastidieuse qui exige un entretien constant. Il s’agit de déployer des microbes dormants qui s’activent automatiquement lorsque les conditions le permettent et qui, une fois en place, ne nécessitent aucune intervention humaine.

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admin1402

Vétérinaire à Toulouse, je gère bénévolement ce blog suite à l'arrêt de parution du journal "paper" Effervesciences" survenue durant la crise covid. Désormais, les infos sont en ligne, gratuietement.