Le vétérinaire qui parle à l’oreille des chiens… en toute modestie…

Ce n’est pas tous les jours qu’un blog de haute tenue se réfère à votre serviteur … et c’est arrivé ! Je vous transcris cet article du blog “les onconautes”, principalement axé sur les traitements alternatifs du cancer .

« Il y a des résultats », dit Jean-Yves Gauchet, vétérinaire à Toulouse. Il agite devant la caméra un bidon de Panacur 2,5 % (il s’agit de fenbendazole, l’antiparasite vétérinaire popularisé par Joe Tippens à partir de 2016).

« Un litre, à raison de 5 ou 10 millilitres par jour, il y a de quoi traiter longtemps, et pour pas cher ! », plaisante-t-il.

(à noter que Joe Tippens utilisait la même marque mais en granules. La version liquide 2,5 % contient 25 mg de fenbendazole par millilitre)

Jean-Yves Gauchet explique sa démarche : « Face à un cancer chez un animal on a trois possibilités. En fonction de l’avancement de la maladie, l’euthanasie. Ou alors la médecine conventionnelle (chirurgie, chimio, rayons, immunothérapie). Et au milieu on peut temporiser, on accompagne l’animal tout en essayant quand même de faire au mieux avec ce qu’on a sous la main. Une discussion s’engage avec les propriétaires. Et dans un cadre compassionnel, des traitements alternatifs peuvent être proposés. »

Il utilise ainsi le fenbendazole en association avec l’ivermectine (autre antiparasitaire, bithérapie préconisée par le docteur William Makis à partir de 2024), un corticoïde et même du DMSO (diméthylsulfoxyde, un type de solvant).

« J’essaye de faire pénétrer l’ivermectine avec le DMSO, c’est une option. On envoie localement le remède choisi, qui est dissout et traverse les épidermes avec facilité. Le DMSO est régulièrement utilisé pour des tendinites chez les chevaux, l’innocuité est établie. »

Il temporise : « Je n’ai pas assez de recul, pas assez de cas pour vous dire c’est comme ceci ou comme cela qu’il faut procéder. Mais sur les cinq cas que je gère en ce moment (lymphomes, tumeur à la mâchoire, etc.), c’est plutôt positif. On a déjà gagné quelques mois… »

Il s’agit d’un art comme toute médecine et non pas l’application de protocoles fermement établis. Même si les vétérinaires connaissent et utilisent ces molécules depuis des lustres.

« On part d’abord sur des doses vermifuges pour vérifier que l’animal supporte bien. Et puis on augmente », explique-t-il.

« Avec l’ivermectine, je le fais en injectable. Elle n’a pas d’AMM [autorisation mise sur le marché] pour les chiens et les chats. Elle sert contre les parasites internes et externes chez les chevaux, les cochons. Mais on l’utilise quand même pour les gales sarcoptiques. A noter que certaines races canines comme le berger australien ne supportent pas cette molécule. »

« J’ai un certain recul avec des soins hors AMM mais dans un cadre compassionnel. » Il souligne : « On tâtonne bien sûr, mais ce sont quand mêmes des soins, avec assez peu de produits et en limitant les coûts. »

Il s’agit d’une problématique réelle pour le vétérinaire de quartier qui connaît « les enfants et les petits-enfants » de ses clients. Tout le monde ne peut pas dépenser des milliers d’euros même si certains n’hésitent pas à utiliser leur épargne ou même s’endetter pour aider leur animal malade.

« Je suis sûr que je ne suis pas seul, et au cours de discussions informelles, j’ ai bien compris que bien des vétos font cela cela dans leur coin. Parfois, sous la forme de recette qu’un patron [durant la formation du vétérinaire] aura transmise des décennies auparavant. »

« Prenons le lévamisole par exemple, ça fait longtemps que certains s’en servent contre le cancer, mais on n’en parle jamais. Ca ne coûte rien, on va tenter et on est dans le compassionnel. Mais il n’y a rien dans la littérature puisque c’est hors AMM. Avec des résultats d’ailleurs très mitigés… »

Le lévamisole est un anthelmintique mais d’une classe chimique différente de celle du fenbendazole. Ses propriétés immunostimulatrices furent étudiées dès les années 70.

C’est un point qu’il faut toujours rappeler (je le fais abondamment dans mon livre) : tout ceci n’est pas nouveau.

Nous connaissons les propriétés antitumorales des benzimidazoles carbamates (famille des fenbendazole, mébendazole, albendazole, etc.) depuis un demi-siècle (ciblage des microtubules ce qui induit l’apoptose des cellules cancéreuses mais il y a d’autres mécanismes, lire ici).

Jean-Yves Gauchet exerce dans son cabinet à Toulouse depuis quatre décennies. « En solo », précise-t-il. « C’est un peu l’avantage et le drame du solo : il (ou elle) est libre dans ses choix thérapeutiques, tout en restant seul(e) dans son coin. »

Et le cancer dans sa pratique quotidienne ? « On voit moins de tumeurs mammaires, c’est certain parce qu’on stérilise les femelles, c’est le grand repos hormonal. Je pense que cela joue énormément. Par contre, beaucoup de leucémies et aussi des tumeurs cutanées, y compris bénignes. Et l’on dispose d’ailleurs de solutions efficaces, par exemple pour les mastocytoses avec le Stelfonta, un produit injectable directement dans la tumeur, avec d’excellents résultats. »

Echange-t-il avec des confrères sur ces sujets ? Peu. « On a la tête dans le guidon, pas trop le temps de papillonner. »

Au niveau de la communication professionnelle, « il y a bien sûr des réunions mais elles sont organisées par des labos, avec en filigrane des informations commerciales… Ou alors des conférences quant à l’état de l’art sur tel ou tel sujet, avec des spécialistes reconnus, mais souvent cela nous dépasse un peu. C’est plutôt pour les cliniques avec de gros moyens. Personnellement je n’y vais pas trop », confie-t-il.

Jean-Yves Gauchet, âgé de 77 ans, trouve toujours le temps d’écrire de nombreux articles sur Effervesciences, son remarquable blog scientifique : https://effervesciences.info.

Le vétérinaire explore des sujets très éclectiques et montre une curiosité encyclopédique.

On trouve aussi bien la bioluminescence chez certains champignons, les infrasons des éoliennes, l’art de déchiffrer les statistiques sur le cancer, l’évolution du microbiome avec l’âge, Moïse sauvé des eaux dans les mythologies antiques, le microbiome cérébral des poissons, l’hydrogène vert et la géopolitique de l’eau, ou encore les vocalisations ultrasoniques des souris et des questions aussi existentielles que : Pourquoi la bière mousse-t-elle moins quand on penche le verre ? 

« Grâce à Effervesciences, j’ai toujours mis mes doigts un peu partout, y compris sur des sujets qui chauffent, donc le cancer parmi d’autres », explique-t-il.

Il se passionne également pour les amers (extraits des plantes, comme par exemple le houblon, la gentiane, la quinine ou encore la berbérine).

Il veut les utiliser en dermatologie et créer ainsi une « amérothérapie » dédiée aux animaux, mais également aux humains.

(pour plus de détails : https://theraps.fr/un-amer-universel-pour-soigner-de-multiples-pathologies)

Les amers occupent une place de choix et historique dans les pharmacopées du monde entier. « Il y a encore dix ans, on pensait que les substances amères n’étaient ressenties que dans la muqueuse buccale, avec un rôle d’alerte contre des toxiques , comme les alcaloïdes. En fait, ces récepteurs d’amertume, nous et les animaux, en avons plein le corps où ils jouent un rôle de régulation… C’est passionnant, on est au tout début d’une nouvelle phytothérapie pleine de promesses. »

La vie professionnelle de Jean-Yves Gauchet est donc parcourue par ce fil d’Ariane si important pour la médecine et la recherche scientifique : la curiosité et l’ouverture d’esprit.

Bien loin des dogmes et des anathèmes.

Face à ses animaux malades, Jean-Yves Gauchet est bien un onconaute.

Je vous joins le lien pour venir consulter ce blog: https://onconautes.com/

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admin1402

Vétérinaire à Toulouse, je gère bénévolement ce blog suite à l'arrêt de parution du journal "paper" Effervesciences" survenue durant la crise covid. Désormais, les infos sont en ligne, gratuietement.