& est un exemple de ce que l’on nomme en français un logogramme, en l’occurrence la ligature des deux graphèmese et t. Initialement, l’esperluette était utilisée dans l’écriture et la gravure typographique en lieu et place de l’ensemble et.

Si l’esperluette est apparue dans l’écriture dès l’antiquité romaine sous des formes archaïques, nul ne peut dire avec certitude à quelle époque le & est entré dans l’alphabet. Les spécialistes s’accordent toutefois le plus souvent sur la fin du Moyen Âge. D’aucuns vont même plus loin en attribuant le crédit de cette entrée au graveur et imprimeur Claude Garamont, le créateur de la police de caractères éponyme aux empattements triangulaires, toujours présente dans la typographie contemporaine sous le nom de garamond.
Devenue la 27e lettre de notre alphabet, l’esperluette serait probablement encore présente derrière le z si la famille Didot n’avait pris au cours du 19e siècle une importance considérable dans le milieu de l’édition et de l’imprimerie. Au point, sous le Premier empire puis la Restauration, d’imposer de nouvelles normes typographiques en lieu et place de celles qui prévalaient depuis Claude Garamont et Pierre-Simon Fournier. La présence du & dans l’alphabet n’ayant pas l’heur de plaire aux très influents Didot, ce caractère en est banni.
Quand le russe emprunte à l’anglais
Qu’à cela ne tienne, le logogramme & ne disparaît pas pour autant. Il perdure même de nos jours, non plus en littérature, mais dans le marketing et ses déclinaisons commerciales. Désormais rare dans les textes, c’est dans les raisons sociales des entreprises – notamment anglo-saxonnes – que le & apparaît de la manière la plus visible : qui ne connaît H & M, Marks & Spencer, Moët & Chandon, Procter & Gamble, Pull & Bear pour ne citer que celles-ci ? Sans compter les Untel & Cie ou Untel & fils (ou filles).
Mais au fait, d’où vient le mot esperluette ? Si l’on en croit l’étymologie la plus couramment évoquée, il serait né dans les petites écoles où les élèves, en récitant l’alphabet, terminaient après le z en mentionnant ainsi le & : « et per se et » (prononcer ète per sé ète), le per se latin ayant ensuite muté en per lui, d’où phonétiquement ète per lui ète qui a donné esperluette. Tiré par les cheveux ? Peut-être. Ou pas, car l’on a observé le même phénomène en Angleterre où and per se and a débouché sur le mot ampersand*.
À noter qu’en allemand, en danois et en suédois, & se nommerespectivement Et-Zeichen (ou Und-Zeichen), Og-tegn et Och-tecken, ce qui se traduit dans ces langues par « signe et ». Rien de tel en néerlandais, en norvégien, en polonais ou en roumain, pas plus qu’en russe et en tchèque où, curieusement, c’est le mot anglais ampersand qui s’est imposé. Choix différent du côté de l’Europe méridionale : mis à part en français, l’espagnol, l’italien et le portugais ont opté, de manière plus prosaïque, pour l’appellation « e commercial ».
Fait-il prendre tout cela au pied de la lettre ? Allez savoir ! Cela étant, une chose est sûre : l’élégant logogramme & ne manque assurément pas de caractère, ni son nom de poésie.
Auteur: Fergus
