Gérer la douleur (5): le rôle de l’alimentation

Lors de douleurs chroniques, il existe un organe, l’intestin, et une fonction, la digestion, qui interviennent de manière intense sur des phénomènes inflammatoires et immunologiques fortement impliqués dans l’entretien des douleurs chroniques, avec des phases aigues selon les phases de la digestion.

Les médecins Kousmine et Seignalet ont depuis un demi-siècle mis en lumière l’importance de la nutrition dans un vaste éventail de pathologies, toutes inflammatoires et douloureuses, ils ont dressé une liste (qui s’allonge depuis leurs travaux, exemple l’aspartame) d’erreurs alimentaires avec leurs conséquences pathologiques.

Dans les articles précédents, nous avons vu que le système nerveux central était informé en permanence par les nerfs sensitifs issus de l’épiderme, mais aussi des muqueuses des organes internes. N’oublions pas que la surface développée de notre intestin est cinquante fois plus importante que celle de notre peau, avec une différence supplémentaire de taille: notre peau épaisse de plusieurs couches de cellules cornées, est quasiment infranchissable, alors que la fine muqueuse intestinale a au contraire un rôle d’absorption sélective de l’eau (quatre litres par jour) et des nutriments.

Le but de la digestion, est de dégrader les aliments en petites molécules, éléments de base de toute la biochimie: acides gras, acides aminés et sucres simples. Toute substance alimentaire non suffisamment dégradée dans l’intestin, soit se retrouvera dans les selles, inutilisée mais prête à une dégradation secondaire inappropriée (putréfaction), soit pénètrera par effraction dans la muqueuses intestinale, avec des dégâts inflammatoires et immunologiques que nous détaillerons.

Cette hydrolyse des aliments est dévolue à des enzymes très puissants et présents à la bonne dose, à la bonne acidité, mais plusieurs causes peuvent en gêner l’action:

– un défaut de mastication (repas trop rapides, dentition défectueuse) entraîne un déficit en amylase, mais aussi un défaut de production ultérieure d’enzymes pancréatiques.

– le stress, l’action de médicaments sur l’acidité gastrique.

– l’apport alimentaire en molécules pour lesquelles l’organisme est dépourvu d’enzymes: c’est le  cas du lactose, sucre naturellement présent dans le lait de vache, mais qui n’est lysé que par une enzyme, la lactase, que nous avons tous à l’âge de bébé, mais que nous perdons généralement à l’âge adulte.

Nous devons garder à l’esprit que notre alimentation doit convenir à nos enzymes, et non le contraire.

Et que l’alimentation industrielle implique un apport en substances que nous ne sommes pas en capacité de transformer en molécules nutritives de bases: ces substances seront considérées comme étrangères, nocives, et déclencheront des phénomènes inflammatoires.

 L’écosystème intestinal

On a trop longtemps considéré  la digestion comme une réaction chimique au sein d’un digesteur mécanique, avec pour unités de mesure les calories (voire les joules!) tirées d’un aliment.

Les mêmes unités que pour une machine à vapeur!

Il faut considérer l’aspect qualitatif de la digestion, en prenant en compte la flore intestinale, la muqueuse et son équipement nerveux (notre “second cerveau”), et le effecteurs immunitaires qui s’y rattachent.

La flore intestinale.

Le foetus se développe en milieu stérile, il est donc dépourvu de flore intestinale à sa naissance. Pourtant en quelques jours, il va accueillir et développer une écosystème bactérien directement issu de sa mère et de  de son environnement . Cela vaut également pour les flores cutanée et respiratoire. 

Les premières bactéries s’installent dès le passage à travers le vagin, puis avec les tétées et le contact de Maman. Autant dire que les bébés par césarienne et les prématurés sont en déficit d’entrée de jeu, et que des précautions d’hygiène trop accentuées n’arrangent rien … Le développement des bactéries intestinales entraîne une augmentation de volume de l’intestin, et installe une capacité digestive opérationelle.

A partir d’un écosystème qui représente une véritable signature biologique de l’individu, la flore intestinale pourra varier selon des apports alimentaires, des actions thérapeutiques ou certaines maladies. Il s’y rajoute une présence variable de parasites (voir Effervesciences n°74  ) et de levures de type Candida albicans.

Au total, des hôtes de l’intestin sur plus de 1000 espèces, pour un poids de un à deux kilogrammes et en nombre, dix fois plus d’individus que nous n’avons de cellules.

A noter: le tube digestif du bébé est “poreux”, les cellules de la muqueuse ne sont pas encore totalement jointives. C’est une période où il faut que le petit individu ait une alimentation simple et parfaitement digeste, tout aliment non digéré étant soit réexpédié violemment (fermentations acides, putréfactions toxiques) ou bien assimilé “de force” au delà de la barrière intestinale, et entraîne alors des réactions allergiques installées pour toute la vie.

La muqueuse intestinale.

Il s’agit d’une frontière très sélective, qui doit à la fois:

– faire passer les nutriments digérés, des molécules simples et directement utilisables après transport par le sang veineux (qui mène au foie par la veine porte) ou par le circuit lymphatique (qui mène au circuit veineux directement sans passer par le foie).

– servir de barrière mécanique contre les substances potentiellement toxiques (parasites, bactéries, toxines, aliments incomplètement digérés).

– avoir un rôle de sentinelle immunitaire pour reconnaître, puis accepter (tolérance) ou évincer (action immédiate par phagocytose,ou différée par mise en route d’allergie ou de pathologie auto-immune) des éléments non conformes au “soi” ou aux protéines jusqu’ici tolérées.

La muqueuse intestinale est constituée d’une membrane plissée, elle même constituée de microvillosités qui en augmentent la surface pour atteindre 500 m2. L’épithélium est constitué d’une couche unique de cellules de différents modèles: entérocytes, cellules à mucus, et cellules immunitaires.

Les entérocytes sont normalement solidement soudés les uns aux autres, aucune substance ne peut s’insinuer entres eux. Les nutriments de la digestion sont absorbés par gouttelettes par la membrane apicale (vers la lumière intestinale), puis sont rejetées en l’état par la face basale, direction le sang et la lymphe.

Le système immunitaire de l’intestin

C’est ici que dans l’organisme se trouve la plus grande concentration de cellules immunitaires . On y trouve 

– des cellules productrices d’anticorps (immunoglobulines A) pour neutraliser localement les bactéries pathogènes ou inconnues (les bactéries de la flore symbiotique, elles, sont insensibles à ces anticorps: il y a tolérance).

– des cellules gloutonnes qui absorbent tout élément qui s’insinuerait  entre les entérocytes, et 

– des cellules immunitaire de seconde ligne (lymphocytes), qui s’imprègnent des substances qui auront réussi à passer, et à échapper aux macrophages gloutons, pour informer tout l’organisme de cet échec et pour mettre en route une action globale dans tout l’organisme: ce sont ces lymphocytes qui vont déclencher des réactions d’allergie ou des inflammations auto-immunes.

Ces différentes cellules immunitaires se regroupent dans des formations lymphoïdes encastrées dans la muqueuse intestinale, les plaques de Peyer: elles sont ainsi en contact direct avec la lumière intestinale, donc avec les bactéries et les antigènes qui s’y trouvent.

Les déséquilibres de la flore (dysbiose).

il y a globalement deux types de flores dans l’intestin:

– la flore de fermentation en amont , dans l’intestin grêle et le colon ascendant, qui se nourrit de fibres glucidques pour donner des gaz inodores et sans danger (H2, CO2).

– la flore de putréfaction, dans la portion distale du colon, métabolise les protéines et produit des gaz odorants et toxiques pour le foie: NH3, SO2, indole et scatole.

Ces deux flores s’adaptent en principe au rythme des repas et au contenu du bol alimentaire. Mais en cas de variations trop violentes ou de déséquilibres pharmacologiques (antibiotiques) et  alimentaires, ces flores ne “suivent plus”, elles deviennent incapable d’assurer les réactions chimiques habituelles et laissent se multiplier d’autres bactéries qui elles, se développent pour leur propre compte et deviennent des parasites de l’organisme. 

L’hyperpermabilité intestinale ( leaky gut syndrome, ou LGS)

Nous avons vu que les entérocytes, normalement très serrés pour constituer une barrière opposée aux toxines et bactéries pathogènes, pouvaient  se trouver disjoints et laisser ainsi un passage pour des éléments indésirables.

Voici les principaux facteurs déclenchants:

– le stress, les émotions vives entrainent une production continue d’adrénaline, qui va augmenter la circulation sanguine dans le cerveau et les muscles, mais une diminution (vasoconstriction) au niveau de la muqueuse digestive. Donc une moindre irrigation, une plus faible oxygénation des entérocytes. Ceux-ci produisent moins d’enzymes de digestion, avec pour conséquences une stagnation d’aliments mal digérés, et la multiplication de bactéries pathogènes et de toxines.

– les maladies infectieuses intercurrentes, qui génèrent un déficit en immunoglobulines A, donc une facilité de développements pour les bactéries pathogènes, les champignons ou les parasites.

– les thérapeutiques inadaptées ( antibios, anti-inflammatoires) qui agissent sur la flore, sur l’acidité, pour partie sur les défenses immunitaires.

– le sport intensif, en particulier lors de la reperfusion des intestins après l’effort, entraîne des diahrrées, par écartement des entérocytes et importante fuite de liquides et de sels minéraux.

– la dénutrition (hopitaux, gériatrie)  entraîne un déficit en glutamine et en butyrates, deux nutriments essentiels des entérocytes.

– l’alimentation contemporaine déséquilibrée modifie l’acidité du milieu digestif et apporte des molécules  (molécules de Maillard, gluten, lactose, etc …) non reconnues par nos enzymes, et donc susceptibles d’être dégradées autrement (putréfaction) en substances toxiques.

Conséquences pathologiques: 

1- intoxication et surcharge hépatique

Toutes ces substances toxiques qui parviennent à s’introduire à travers la paroi intestinale, vont diffuser dans l’organisme par voie veineuse (direction: le foie) ou lymphatique (direction, le coeur, puis l’ensemble du circuit sanguin). Et elles viendront s’ajouter aux substances de surcharge  qui accompagnent les inflammations chroniques douloureuses (arthrites, myosites, névrites, etc …).

La plupart des toxines sont liposolubles, et vont prioritairement suivre la voie lymphatique avec les microvésicules de graisses de la digestion. Elles vont en quelques heures se retrouver dans le flot sanguin sans aucune modification biologique, pour rejoindre des tissus accueillants, la graisse cutanée où elles seront mises en réserve, mais aussi le cerveau, très riche en phospholipides (substance blanche), qui sera le premier organe atteint par l’intoxication: troubles du sommeil, fatigue, migraines.

L’organe chargé de la détoxification du sang, c’est le foie. Il reçoit et filtre en permanence le sang veineux pour détecter les substances indésirables, et pour les transformer ou les éliminer.

Les toxines lipophiles ne peuvent être éliminées par les reins: le foie doit les remodeler pour qu”elles soient solubles dans le plasma sanguin, et donc puissent passer dans le filtre rénal.

Ce remodelage s’effectue en deux temps:

la phase de fonctionnalisation, via l’enzyme cytochrome P450, permet juste cette solubilisation. Mais ces molécules d’un seul coup très mobiles sont extrèmement toxiques et peuvent diffuser dans tout l’organisme. Il faut très vite canaliser ces molécules via une seconde phase:

la phase de conjugaison. Les molécules toxiques sont accolées à des substances produites ou accumulées dans le foie (acide glycuronique, glutathion) qui vont les neutraliser et les emmener gentiment vers le filtre rénal.

Pour protéger l’organisme, on comprend que la phase 2 doit en permanence être en cohérence avec la phase 1, sinon les toxines hydrosolubles envahissent tout le corps. Or, il existe de nombreuses situations qui “emballent” cette phase 1 avec une activation des cytochromes: l’utilisation thérapeutique d’hormones ou plus généralement de médicaments, les solvants organiques , les pesticides, les protéines détruites par le feu (viandes grillées), l’alcool (plus particulièrement le vin blanc)… Un exemple: le paracétamol est tranformé en un métabolite extrèmement toxique, avant d’être conjugué par l’acetyl-cystéine.

Un petit apparte à propos des régimes: la perte des graisses qui est un bien en soi, entraîne le déversement dans l’organisme de toutes les lipotoxines qui y étaient accumulées, et il faut avant même le “régime” (ou le jeûne pour les courageux (ses)), préparer l’organisme à cet effort de transformation et d’excrétion. 

Les éléments qu’on peut apporter pour soutenir cette phase 2, sont l’acide glycuronique (guronsan du pharmacien … ou redbull des ados en goguette …), l’acetylcystéine, la taurine, le sélénium, ou dans les produits naturels le curcuma, le thé vert, le brocoli, le sésame et la grenade.

Dans certains cas, les douleurs se réveillent à l’occasion du simple contact ou de l’inhalation de substances banales (odeur de colle, parfum) ou sur des efforts physiques: c’est plutôt le foie qu’il faut aider, plutôt que de se fixer sur l’organe qui souffre …

 2 – l’emballement des anticorps

Nous avons vu que les lymphocytes de la paroi intestinale produisaient des anticorps de type IgA, qui forment une protection locale contre les bactéries pathogènes du tube digestif.

Ces IgA (on en retrouve au niveau de toutes les muqueuses, respiratoire, vaginale etc …) se cantonnent à une action locale, ils ne “voyagent” pas dans l’organisme.

Mais lorsque des toxines ou des résidus de digestion parviennent à s’insinuer sous la paroi intestinale, les globules blancs vont les repérer et les poursuivre sur tout leur trajet (système lymphatique, ganglions, rate, etc …), soit pour les phagocyter (macrophages, cellules de Küpffer du foie), soit pour s’y frotter et produire des anticorps spécifiques, mais cette fois-ci des IgG, des immunoglobulines très mobiles et très avides de rencontres avec toute molécule qui ressemble à l’antigène de base, c’est à dire la toxine ou le résidu de digestion. Et c’est bien là le drame.

Car des toxines ou des résidus de digestion, il en existe sous des centaines de formes, donc des centaines de types d’anticorps sont produits et envahissent l’organisme. 

Dans un premier temps, ils provoquent une pathologie d’engorgement: le sang est moins fluide, les reins fonctionnent moins bien , sont douloureux. Le malade est fatigué, hypertendu, peut avoir des migraines ou des problèmes circulatoires divers.

Dans un second temps, ces anticorps répartis dans  tous les organes vont se trouver confrontés à des éléments physiologiques normaux, comme des glycoprotéines articulaires, ou des lipoprotéines des tissus nerveux. Et malheureusement, ces éléments normaux auront une conformation moléculaire très proche des toxines, ou bien des résidus de digestion qui ont provoqué la synthèse, de ces anticorps IgG, ce qui fait que ces anticorps vont s’acharner sur ces éléments, provoquer une vive inflammation locale, recruter d’autres cellules (macrophages, mastocytes, lymphocytes T) qui vont entretenir l’inflammation, donc la douleur, et détruire des tissus entiers.

Ainsi, il existe des relations étroites entre le (dys)fonctionnement de l’intestin, et des inflammations ou des douleurs très variées dans tout l’organisme: polyarthrite, spondylarthrite, névrites diverses, réveils de zona, migraines, etc …

il faut prendre également en compte le fait que les inflammations chroniques sont des mêches allumées pour induire des cancers, en particulier au niveau des muqueuses.

Le lait et le gluten…

Nous avons évoqué des causes accidentelles, ou des erreurs alimentaires, qui peuvent par malchance entraîner des troubles digestifs, puis des mises en route de phénomènes douloureux. 

Mais dans l’offre quotidienne de nutrition qui est de mise dans les supermarchés ou dans la restauration collective, il est trois acteurs incontournables … que les personnes atteintes de douleurs chroniques … doivent justement contourner.

– le lait de vache

Présenté par une puissante agro-industrie comme un “aliment santé”, le lait de vache sous diverses formes est susceptible de relancer des phénomènes inflammatoires ou immunologiques à travers trois types de dysfonctionnements:

– une acidification globale de l’organisme, qui accentue les phénomènes algiques déja en cours, et qui pousse les ostéoclastes à fonctionner davantage, avec pour conséquence une ostéoporose latente ( le message officiel étant au contraire que “le calcium, c’est bon pour les os”)

– l’intolérance au lactose

Le lactose est le sucre naturel produit par les mammifères dans le lait maternel. Nous écrivons bien lait maternel. C’est à dire destiné aux très jeunes sujets qui têtent leur mère en attendant d’être sevrés. C’est au moment du sevrage que se produit une réorganisation génique, et que les gènes responsables de la synthèse de l’enzyme lactase se mettent au repos sur une bonne proportion de la population: 50% environ en France, contre 70% dans les pays nordiques ou moins de 20% en Asie …

Ainsi, dès le plus jeune âge, toute une catégorie d’enfants se voit proposer (ou plutôt imposer) un aliment qui contient un élément, le lactose, qu’il ne sait pas digérer. L’intolétance au lactose entraîne des ballonnements, des diarrhées, du fait d’une multiplication incontrôlée de bactéries de fermentation qui vont digérer ce lactose à la place de la lactase… mais en produisant des substances toxiques comme l’acétaldéhyde, l’éthanol, l’acide formique ou le propanédiol, petites molécules qui passent très facilement dans le sang pour entraîner des céphalées ou aggraver des phénomènes inflammatoires ou douloureux dans tout l’organisme.

Il existe un test assez simple pour déterminer cette intolérance: on fait pendre au patient 50g de lactose (l’équivalent d’un litre de lait), et l’on mesure dans les minutes suivantes le taux d’hydrogèn dans l’air expiré.

En cas de positivité, le lait est alors banni du régime alimentaire de ce patient, mais commence dès lors un “safari lactose” dans tous les aliments, car le lactose est présent dans un grand nombre de préparations industrielles ou de collectivités, dans des confiseries, des sodas, mais aussi dans des produits de régime ou des médicaments (les granules homéopathiques!).

Ce régime d’éviction est évalué pendant au moins trois mois, on parvient à mesurer les progrès ressentis en terme de digestion et de douleurs associées, ou à voir renaître des troubles après consommation d’un aliment qu’on croyait exempt de lactose …

– l’allergie aux protéines du lait

Le lait contient des protéines qui sont d’excellentes sources nutritives … si elles sont acceptées par l’organisme. On y trouve en particulier des caséines (80% du total) et des lactoglobulines, qui en particulier si l’intestin est poreux (leaky gut syndrom), vont dès l’ingestion du bol alimentaire s’insinuer dans la muqueuse et se faire reconnaître par les cellules immunitaires de l’intestin. Il s’en découle, selon les individus et leur historique de pathologie, soit une allergie immédiate , par production instantanée d’anticorps de type IgE (rougeurs, oedèmes), soit une allergie retardée et chronique (anticorps de type IgG, plus agressifs), avec des inflammations qui touchent des organes divers (articulations, peau, muqueuses) et qu’il est difficiles de relier à la consommation du lait.

Notons que cette allergie-retard entraîne un afflux de sang aux intestins, qui amplifie le phénomène .

Ces anticorps anti-caséine inondent tout l’organisme, là encore à la recherche d’éléments tissulaires qui ressemblent chimiquement à la caséine: ils vont les retrouver en particulier dans le pancréas, puisque des protéines des ilôts de Langerhans, productrices de l’hormone insuline, sont très proches de la conformation de la caséine: ces anticorps s’accumulent dans le pancréas et ralentissent la production d’insuline, c’est le diabète ce type I.

Mais le même phénomène de mimétisme moléculaire avec action délétère des anticorps anti-caséine, peut engendrer ou entretenir une sclérose en plaque (mimétisme avec les protéines de la gaine de myéline) ou la polyarthrite ( mimétisme avec la surface des chondrocytes).

Dans son ouvrage “vaincre la douleur autrement”, le Dr Frédéric Louis met l’accent sur un phénomène important mais peu évoqué: certains résidus de caséines ont une action opioïde, ce sont les casomorphines. A court terme et sur des personnes “saines”, elles ont un effet bénéfique de soulagement du stress, mais sur des personnes qui, à cause de phénomènes douloureux, sollicitent en permanence leurs récepteurs aux opioïdes, s’installent après chaque repas lacté des hyperalgésies pendant lesquelles les médicaments opiacés sont inefficaces. A moins de supprimer le lait. 

Autre méfait imputé à ces opioïdes masqués: une véritable dépendance au lait chez certains enfants (qui ont besoin de leur bol de lait avant le coucher).

Le gluten des céréales

Le gluten est un mélange de protéines, qui, combinées à l’amidon, forment l’albumen de la plupart des céréales. Composé de deux sous-protéines, la gliadine et la gluténine, le gluten est responsable de l’élasticité de la pâte malaxée ainsi que de la masticabilité des produits à base de céréales cuits au four. Le maïs, le riz complet, le sarrazin, le quinoa et le millet, n’en contiennent pas, mais sont de ce fait difficilement panifiables.

L’intolérance au gluten est aussi appellée maladie coeliaque, mais il ne s’agit pas d’une intolérance enzymatique, comme pour le lactose, c’est une affection purement immunologique par production d’anticorps (IgG) contre la fraction gliadine du gluten.

On trouve ces anticorps chez plus de 10% de la population, pour environ 3% de véritables intolérances détectées. Mais il faut dire qu’il s’agit là d’une maladie cachée, car non recherchée.

La maladie coeliaque, comme les symptômes très diversifiés qui en découlent, sont généralement pris en compte dans un esprit de “maladie d’organe” : on soignera plutôt “un eczma” ou bien une “colite chronique” sans chercher plus loin …

Comme pour la caséine, la gliadine mal digérée donne naissance à des gliadorphines, des pseudo-opioïdes qui peuvent entraîner une perte d’efficacité des antalgiques morphiniques.

Les rayons “diététique” des distributeurs sont désormais bien pourvus en produits sans lactose et sans gluten, et permettent une vie bien améliorée à des milliers de malades, mais répétons le, pour un “intolérant”identifié, il en a sans doute trois qui souffrent sans qu’on ait détecté l’origine de leur trouble.

Gérer les “surdouleurs” par l’alimentation

Après avoir évalué les causes alimentaires de surcroîts algiques lors de maladies douloureuses au long cours, on peut envisager des solutions purement hygiéniques ou diététiques pour éviter des crises douloureuses, ou bien diminuer les doses d’antalgiques pour les malades.

1- la mastication.

 Vraiment, ça ne coûte rien (sauf parfois chez le dentiste!) de bien mastiquer l’aliment pour en séparer mécaniquement les constituants, pour les imprégner de salive et protéger ainsi les muqueuses de l’oesophage et de l’estomac …

2 – vigilance alimentaire et corrections diététiques

Ces principes sont absolus pour des personnes diagnostiquées sensibles, mais peuvent raisonnablement s’appliquer à tout un chacun.

– éviter les associations inadéquates, comme dans un même repas fruits crus et céréales, ou produits laitiers et céréales.

– diminuer ou éviter les protéines glyquées (trop cuites), principales sources d’antigènes alimentaires générateurs d’intolérances.

– diminuer la consommation de viande, de sucres rapides.

– bannir la consommation d’acides gras hydrogénés (margarines), souvent cachées dans les pâtisseries ou les préparations industrielles, et privilégier les huiles d’olive, de noix, de colza.

– utiliser régulièrement des produits fermentés (choucroute, kéfir).

– s’offrir un verre de vin à chaque repas, lors du plat principal.

– boire plutôt entre les repas.

– éviter tout grignotage .

3 – Gérer la flore intestinale

Déja, ne pas la mettre à mal par des traitements antibiotiques, par des repas indigestes, par des excès de sucres ou d’alcool.

Apporter du “carburant” à cette flore déja en place, sous forme de fibres solubles (inuline, FOS), contenues dans la banane, le poireau, l’asperge ou le topinambour, ou la racine de chicorée.

Si besoin, renforcer la flore par un apport de probiotiques adaptés, par cures de 15 jours et à dose correcte (le plus souvent, ces probiotiques sont sous-dosés).

En cas de diahrrées ou de putréfactions digestives, employer des désinfectants naturels qui préservent la flore “amie” et rétablissent un bon écosystème-

– la cannelle sous forme d’écorce ou d’huile essentielle.

– la propolis.

– le charbon végétal.

– les extraits de pépins de pamplemousse.

4 – nourrir et protéger les entérocytes  de la muqueuse intestinale

– La glutamine la substance obligée pour entretenir une barrière intestinale efficace: elle participe à la synthèse de ces “jonctions serrées” qui bloquent l’entrée des pathogènes. Elle est proposée sous forme de compléments alimentaires, à la dose de 500 mg par jour sur de longues périodes.

– le n-butyrate joue le même rôle, mais au niveau du colon.

5 – réduire les inflammations .

Les actions naturelles reposent sur le curcuma, la réglisse, le jus d’orge, les oméga 3, les flavonoïdes du vin rouge et du thé, le romarin et le raisin.

6 – les thérapeutiques de substitution: les enzymes.

Notre alimentation est en déficit constant en enzymes naturels, présents uniquement dans les produits frais ou fermentés (une analyse des selles est utile pour le jauger).

 On peut déja modifier son régime alimentaire, et si nécessaire complémenter les repas avec des enzymes pancréatiques (lipases, amylases, protéases).

D’autres enzymes, comme les extraits d’ananas ou de papaye, auront une action antalgique marquée lors de traumatismes (oedèmes) ou d’inflammations chroniques.

6 – les soutiens de l’activité hépatique (parfois appelées “cures détox”). 

Elle repose sur l’utilisation de puissants agents de conjugaison, comme l’acide glycuronique ou le glutathion, mais surtout, sur des périodes assez longues, sur des actions de phytothérapie, en extraits végétaux ou en tisanes:

– le desmodium, utilisé dans les cas les plus graves.

– l’artichaut, bien connu, mais aussi le chardon marie; le chrysantellum, le pissentit, le radis noir (dans votre assiette …), le fumeterre, et la mélisse.

Jean-Yves Gauchet

A lire également: le Nash, cette nouvelle maladie que nous préparent les labos