Plaies, escarres, cicatrices… Le miel, encore le miel, toujours le miel…

On note actuellement un regain de concepts et de méthodes nouvelles pour soigner des plaies, en accompagner la cicatrisation, ou accélérer la guérison. Des méthodes toujours plus technologiques, toujours plus onéreuses, et pas forcément plus efficaces que des remèdes éprouvés comme le soluté de Dakin et surtout le miel, extraordinaire agent qui permet des cicatrisations rapides, sûres, et avec un minimum de débordements cutanés. Big Pharma a bien sûr un œil dessus, et l’on s’attend déjà aux « miels thérapeutiques » brevetés, protégés et bien sûr hors de prix. En attendant, les apiculteurs sont les meilleurs fournisseurs pour les chirurgiens et les dermatologues.

On note actuellement deux tendances médicales de fond, en parallèle : il y a moins d’accidents physiques (accidents domestiques, professionnels, routiers), mais la population générale vieillit. On a donc moins de plaies « fraiches », et nettement plus de problèmes cutanés languissants, surinfectés (voire nosocomiaux), de mauvais aloi, et donc onéreux en terme de santé publique.

Par exemple ce pansement qui devient fluorescent dès qu’il détecte une infection bactérienne : ce pansement est constitué d’un matériau semblable à un gel contenant de minuscules vésicules dont la membrane phospho-lipidique copie la structure des membranes cellulaires. Les toxines de certaines bactéries (pas toutes) ont la capacité de ronger cette membrane, et donc de détruire le tissu concerné. Et comme ces vésicules contiennent une teinture fluorescente qu’on pourra détecter soit à l’œil nu exercé, soit avec un éclairage aux rayons UV.

Ce procédé peut être utilisé dans des situations critiques, par exemple dans des services hospitaliers où les désordres infectieux nosocomiaux deviennent préoccupants.
En routine, on risque des faux positifs (germes peu pathogènes, voire commensaux), mais aussi des faux négatifs (mauvaise application, mauvaise interprétation).
Actuellement, des chercheurs du MIT développent un hydrogel qui contient des capteurs et des compartiments de médicaments qu’on peut faire agir à distance.
Le « pansement connecté » est également en étude avancée chez URGO qui permettra de stimuler la cicatrisation des ulcères des jambes par des séances de photothérapie .
Dans les cas compliqués de cicatrisation de plaies profondes, on utilise un procédé appelé TPN : traitement par pression négative.

Le TNP consiste à placer la surface de la lésion à une pression inférieure à la pression atmosphérique ambiante. Pour cela (voir photo), un pansement spécialement réalisé est raccordé à une source de dépression et à un système de récupération des exsudats.
Ce procédé TNP est quelque peu mésestimé par la HAS qui ne l’autorise qu’avec du personnel entrainé, sur des cas réfractaires aux traitements classiques, et à la condition d’une nette amélioration dès la première semaine …
Comme on le voit, les hydrogels classiques et les antibiotiques ont bien souvent leurs limites, et il y a en France des milliers de malades qui traînent des plaies suintantes, surinfectées, au final mal soignées parce que trop rapidement à domicile, ou bien avec des procédés inefficaces.
Et pourtant …
Et pourtant des procédés simples, naturels et efficaces existent, ils sont même bien connus de certains soignants, mais pas utilisés par crainte de procès en sorcellerie.
L’auteur de ces lignes, vétérinaire, a encore dans les oreilles certaines réflexions de clients lorsqu’il a proposé de tartiner une vieille plaie malodorante avec un aromiel, ils auraient encore préféré « une bonne chirurgie », onéreuse et aléatoire… Il faut patience et persuasion pour imposer certaines évidences. 


Les trois produits « historiques » de notre panoplie naturelle, sont l’argile, le Dakin, et les différents miels thérapeutiques.


Les effets de l’argile sont multiples :

  • une spectaculaire résorption des oedèmes en moins de deux jours, et donc une régression de la douleur.
  • une détersion des plaies, non agressive, qui peut parfois réveiller des germes, lesquels deviennent alors sensibles aux effets bactéricides physiques (pression, champ électrique, déshydratation, les explications sont discutées), mais aussi d’autres remèdes associés comme les huiles essentielles (melaleuca, thym, et bien d’autres).
  • Une absorption des odeurs (qui correspond à un assainissement de la lésion). Excellent remède, l’argile demande néanmoins des applications régulières, et en particulier tout un travail après chaque soin : il faut prélever et extraire les reliquats d’argile du traitement précédent, c’est long, délicat, parfois mal supporté. Mais ça marche ! A utiliser surtout pour « faire murir » la plaie et collecter les sanies qui en seront issues. A noter : les effets sont purement physiques, tous les germes sont sensibles à l’action de l’argile.
    Le soluté de Dakin a été développé par le très contesté Alexis Carrel, pour soigner les blessures des soldats durant la «Grande Guerre ».
    Ce soluté à base d’eau de Javel et de permanganate, d’un coût ridicule et très bien supporté, a un spectre d’action très large, il s’insinue jusqu’au plus profond des plaies qu’il désinfecte rapidement et qui permet une cicatrisation rapide. Ecarté un temps des pratiques hospitalières, il reprend du service actuellement, en permettant de grandes économies, et des bons résultats cliniques.
    Le miel est encore utilisé avec méfiance et parcimonie.
    Et pourtant !
    Il accumule les propriétés thérapeutiques dans les domaines de la désinfection et de la cicatrisation :
  • du fait de sa faible hygrométrie (18% d’eau) et de son acidité, le miel possède un effet osmotique (pression), il recueille les miasmes de la plaie, tout en faisant imploser les bactéries. Il empêche l’adhérence des pansements, et protège (acidité physiologique) le liseré de granulation, favorisant ainsi le bourgeonnement cellulaire. Une caractéristique étonnante du miel, c’est qu’il disparaît complètement, d’un coté absorbé par les tissus lésés, de l’autre par les fibres du pansement, avec tous les résidus de la plaie : d’un soin à l’autre, on retrouve des tissus impeccables, sans avoir à nettoyer quoi que ce soit (contrairement à des pommades, ou à l’argile).
  • Du fait de sa forte concentration en sucres (fructose, glucose), le miel dévie le mode d’alimentation des bactéries. Celles-ci délaissent les tissus, elles ne digèrent plus les protéines cellulaires (donc plus de putréfactions putrides), pour se tourner vers une fermentation lactique qui va encore renforcer l’acidité de la plaie et gêner le développement des pathogènes.
  • La présence d’une enzyme GOX (glycoxydase) induit la formation d’eau oxygénée H2O2, qui est elle même un excellent désinfectant, et ceci au sein même des tissus lésés, dans des zones inaccessibles aux traitements topiques classiques.
  • Le miel contient, à des concentrations diverses, un puissant bactéricide, le MGO, ou méthylglyoxal, très actif sur des germes réputés insensibles aux antibios (Pseudomonas, Staphyllo aureus, Entérococcus). Le MGO fait la qualité particulière du célêbre et onéreux miel de Manuka. De fait, de nombreux miels français contiennent suffisamment de MGO (à partir de 1microgrammes/gramme de miel) pour garantir une bactéricidie de qualité.
  • le miel contient des « impuretés » très bienfaisantes du fait de la présence de propolis et de pollen : les flavonoïdes (polyphénols) ont une puissante action anti-inflammatoire, et apaisent les douleurs cuisantes de ces plaies, ce qui (surtout en pratique vétérinaire) diminuent les démangeaisons et donc les grattages intempestifs.
Les barbelés sont une catastrophe pour les chevaux. Heureusement, il y a le miel ….

Les miels de soins doivent être conservés à moins de 25 °, avec un couvercle efficace. Le pansement est à refaire chaque jour, et c’est très rapide car la plaie est parfaitement propre, le miel de la veille ayant totalement disparu.

Lorsque le tissu de granulation a comblé le volume du tissu manquant, on arrête de “nourrir” ce tissu cicatriciel, qui pourrait déborder et gêner la phase finale de guérison

Source: “Le miel et la cicatrisation des plaies”, en ligne, par le Dr David Delachaux. Hopital Yves Le Foll à St Brieuc.