Les fabriques à articles scientifiques, ou Research Paper Mills, sont des organisations frauduleuses dont l’objectif est de contrefaire et de vendre des manuscrits scientifiques à grande échelle.

Ces organisations ont tiré profit de la pression à la publication exercée sur le monde académique pour se développer massivement à partir des années 2010. Après un premier travail ayant montré l’ampleur des publications de fabriques à articles dans la recherche contre le cancer [1], les chercheurs français Baptiste Scancar et David Causeur, tous deux rattachés à l’Institut de recherche mathématique de Rennes1, et leurs collègues australiens, Jennifer A. Byrne2 et Adrian G. Barnett3, ont étudié l’effet de ces publications sur les citations scientifiques. Leur second article [2] paraît dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS) le 15 octobre 2026.
L’équipe scientifique a appliqué un modèle de détection, précédemment développé, pour analyser 33 159 articles publiés entre 2012 et 2023 dans 20 revues de cancérologie moléculaire parmi les plus prestigieuses. Leurs recherches ont ainsi mis en lumière que 12,3% de ces articles étaient identifiés comme présentant des caractéristiques typiques des fabriques à articles. Ces articles reçoivent de 50 à 100% de citations en plus que les autres, surtout dans les premières années après leur publication, alors qu’ils sont moins lus, selon les indicateurs utilisés dans l’étude. Il ressort que ces citations proviennent en grande partie d’autres articles considérés comme suspects, qui se citent massivement entre eux. Ce surplus de citations suspectes contribue à fausser les indicateurs des revues, comme le facteur d’impact4, et suggère une manipulation des citations à grande échelle.

« Tout comme les « j’aime » et les partages reflètent l’engagement de l’audience des influenceurs sur les réseaux sociaux, les citations par d’autres chercheurs constituent un indicateur académique important pour évaluer l’impact des travaux de recherche des scientifiques » explique Adrian G. Barnett. « Des taux de citation artificiellement élevés peuvent gonfler les facteurs d’impact des revues, amplifier des résultats peu fiables et ainsi ralentir le progrès scientifique ».
« Avoir beaucoup de citations mais peu de lecteurs n’a aucun sens, car les citations viennent de l’intérêt des lecteurs » complète Baptiste Scancar. « Nos résultats plaident en faveur d’un examen minutieux des articles et des revues afin de détecter les schémas de manipulation des citations que nous avons décrits ».
Les citations représentent un pilier de la recherche scientifique : elles pèsent dans l’évaluation des chercheuses et chercheurs et dans l’attribution des financements, ce qui en fait une cible de choix pour les organisations frauduleuses. Sans régulation, ces pratiques risquent à terme de favoriser la « mauvaise science » et celles et ceux qui la produisent, au détriment de la science elle-même. Ces travaux montrent qu’une telle manipulation des citations est détectable : la différence entre le nombre de citations et le nombre de lectures, ainsi que les schémas de citations anormaux décelés, constituent des signes mesurables. Des indicateurs et des contrôles pourraient être mis en place pour repérer les articles et revues concernés et, ainsi, protéger l’intégrité de la recherche scientifique.
Références :
[1] Scancar, B., Byrne, J.A., Causeur, D., Barnett, A.G., 2026. Machine learning based screening of potential paper mill publications in cancer research: methodological and cross sectional study. BMJ 392, e087581. https://doi.org/10.1136/bmj-2025-087581
[2] Scancar, B., Byrne, J.A., Causeur, D., Barnett, A.G., 2026. Suspected distortion of citations in high-impact cancer journals. Proc. Natl. Acad. Sci. U. S. A. 123 (42) e2618402123. https://doi.org/10.1073/pnas.2618402123
