Si tous les yeux sont tournés vers le stock iranien d’uranium plus ou moins enrichi, certains observateurs désignent un stock énorme de plutonium, issu des réacteurs civils. De quoi faire des bombes ?

L’Iran dispose bien de plutonium dans le combustible usé de ses centrales, mais ce plutonium reste sous contrôle international et n’est pas, à ce jour, considéré comme une voie réaliste ou active vers une bombe, contrairement à la voie uranium hautement enrichi, où l’Iran est désormais très avancé.1 4 6
Voici les éléments clés, en restant au niveau stratégique et public :
- Bushehr (centrale civile)
- Le réacteur de Bushehr (type VVER russe) produit du plutonium dans son combustible usé comme toutes les centrales électronucléaires.4
- Des analyses montrent que les quelque 210 tonnes de combustible usé entreposées à Bushehr contiendraient de l’ordre de quelques tonnes de plutonium, théoriquement assez pour des dizaines voire des centaines d’armes si ce plutonium était séparé et utilisable militairement.4
- Mais :
- Ce plutonium est du “reactor‑grade”, mélangé à d’autres isotopes, très radioactif, et beaucoup moins adapté aux armes que du plutonium produit dans un réacteur militaire dédié.
- Il faudrait une usine de retraitement (grosse installation chimique pour séparer le plutonium du combustible usé), que l’Iran n’a pas officiellement et qui serait très difficile à cacher à l’AIEA et aux services de renseignement.
- Bushehr et son combustible sont sous contrats et supervision russes et sous surveillance de l’AIEA, ce qui rend tout détournement visible et politiquement explosif.4 6
- Résultat : sur le papier, il y a un “potentiel plutonium” dans les déchets, mais aucun signe concret que l’Iran ait mis en place la chaîne industrielle (retraitement, métallurgie du plutonium, etc.) pour l’exploiter à des fins d’armes.1 4 6
- Arak / voie plutonium “classique”
- Le vieux projet de réacteur lourd à Arak, dans les années 2000, était typiquement ce qu’on construit si l’on veut produire du plutonium de qualité militaire.3
- L’accord nucléaire (JCPOA) a redessiné ce réacteur pour réduire très fortement sa production de plutonium et exclure la voie militarisable, et l’AIEA conserve une surveillance sur ce site.1
- Dans son état actuel (redessiné et inachevé), Arak ne permet pas à l’Iran de se constituer un stock significatif de plutonium de qualité militaire.1
- Pourquoi tout le monde parle surtout d’uranium enrichi ?
- Parce que l’Iran a déjà :
- À l’inverse, la voie plutonium imposerait :
- de sortir le combustible usé,
- d’extraire le plutonium dans une usine de retraitement dédiée,
- de transformer ce plutonium en métal et de fabriquer un cœur de bombe (technologie complexe, surtout si le plutonium est “reactor‑grade”).4
- Tout cela serait beaucoup plus lent, visible et technologiquement lourd que de simplement pousser un peu plus loin l’enrichissement d’uranium, là où l’Iran a déjà tout l’outil industriel.
- Est‑ce que l’Iran a “assez de plutonium” pour une bombe ?
- Du point de vue purement quantitatif, le combustible usé de Bushehr contient très probablement assez de plutonium pour plusieurs bombes, et même bien au‑delà, si l’on raisonnait sans contraintes politiques, techniques et de surveillance.4
- Du point de vue réaliste / politico‑technique :
- L’Iran ne possède pas ouvertement l’infrastructure de retraitement et de métallurgie du plutonium nécessaire.
- Un basculement vers cette voie serait très visible et déclencherait presque certainement une crise internationale immédiate.
- Les services de renseignement et l’AIEA continuent de dire que la menace principale provient aujourd’hui du programme d’uranium, pas d’un programme plutonium opérationnel.1 2 6
En résumé :
- Oui, les déchets de centrales en Iran contiennent du plutonium en quantité non négligeable.
- Non, on n’a pas d’indication que l’Iran ait, aujourd’hui, transformé ce potentiel en une capacité pratique de bombe au plutonium. La voie la plus crédible et la plus avancée pour une arme iranienne reste clairement l’uranium hautement enrichi, pas le plutonium.
